Opposition des supporters à la délocalisation des matches de football
« Une perversion du football » : l'opposition des supporters européens face à la délocalisation des matches
Mercredi, plusieurs centaines d'organisations de supporters à travers l'Europe ont exprimé leur désaccord avec le projet de la Liga et de la Serie A de délocaliser deux matches de championnat. Les rencontres concernées sont Villarreal-Barcelone, qui se tiendrait aux États-Unis fin décembre, et AC Milan-Côme, prévu en Australie début février.
Cette initiative, qui pourrait marquer une première mondiale, a déjà franchi plusieurs étapes cet été, soutenue par les fédérations espagnole et italienne. Villarreal-Barcelone est prévu le 20 décembre à Miami, tandis qu'AC Milan-Côme se déroulerait à Perth, en Australie, début février 2026.
Dans un communiqué, l'association Football Supporters Europe (FSE), représentant 423 groupes de 25 pays, a exprimé son indignation. Ces organisations craignent qu'un éventuel feu vert de l'UEFA, attendu le 11 septembre, n'ouvre la voie à d'autres délocalisations.
Séduire « de nouveaux publics »
La rentrée du football européen marque le début d'une bataille qui couve depuis des années, alors que les instances cherchent à capitaliser sur la popularité mondiale de leurs clubs. Les Supercoupes d'Espagne et d'Italie se déroulent déjà en Arabie Saoudite, après des éditions précédentes en Chine, au Maroc, au Qatar et en Libye.
Bien que les championnats et leurs matches aller-retour, qui constituent le cœur de la tradition continentale, résistent encore à cette tendance, la Liga tente depuis 2018 d'organiser des rencontres aux États-Unis, où se trouve son partenaire commercial, Relevent Sports.
La Serie A, de son côté, justifie ce projet par l'impossibilité d'utiliser le stade de San Siro pour la 24e journée du Championnat d'Italie, car cette enceinte emblématique accueillera la cérémonie d'ouverture des JO d'hiver le 6 février.
Cependant, l'argument commercial est également présent, l'organisation italienne plaidant pour cela le 27 août.
Les deux championnats semblent s'inspirer des grandes ligues américaines, telles que la NFL et surtout la NBA, qui délocalisent des matches de leur saison régulière depuis 1990 au Japon et 2013 en Europe, avec déjà six rencontres programmées à Berlin, Londres, Manchester et Paris dans les trois prochaines saisons.
La FIFA neutralisée
Jusqu'à présent, il suffisait de se référer aux règles de la FIFA pour s'opposer aux délocalisations. Cependant, l'instance mondiale a lancé un « groupe de travail » le 15 mai dernier pour revoir ces règles, suite à un accord signé en 2024 avec Relevent pour résoudre une procédure anticoncurrentielle.
Le sujet a donc évolué d'une question réglementaire à une question politique, comme l'a souligné le président de l'UEFA, Aleksander Ceferin, dans une interview accordée à Politico : « Nous ne sommes pas contents des projets de délocalisation. »
En Espagne, ce projet fait face à l'opposition du syndicat des footballeurs et de tous les capitaines de première division, y compris ceux de Villarreal et Barcelone, qui ont critiqué la Liga.
Enfin, le Real Madrid a dénoncé, à la mi-août, cette initiative et son principe de matches aller-retour, soulignant que Barcelone, avec ses stars mondiales, pourrait être acclamé à Miami comme s'il jouait à domicile.