La carrière de Steve Mandanda : souvenirs d'un entraîneur

La carrière de Steve Mandanda : souvenirs d'un entraîneur

La carrière de Steve Mandanda : souvenirs d'un entraîneur

En 2005, Thierry Uvenard a donné le coup d'envoi à la carrière de Steve Mandanda en Ligue 2 lors d'un match entre Le Havre et Valenciennes. Vingt ans plus tard, l'ancien entraîneur du Havre partage ses souvenirs du début de la carrière de l'ex-gardien de but international français, qui a officiellement pris sa retraite ce mercredi.

Thierry Uvenard : Steve Mandanda a officiellement tourné la page du football professionnel mercredi. Quel regard portez-vous sur sa carrière ?

Thierry Uvenard : C'est un grand monsieur. J'ai beaucoup de respect pour ce qu'il a accompli. Il a disputé plus de 600 matchs professionnels (797 selon Transfermarkt), ce qui est extraordinaire. C'est quelqu'un qui respecte ses entraîneurs et ses coéquipiers. Je n'ai que des éloges à faire sur Steve. Je lui ai donné sa chance pour la première fois en Ligue 2. D'une certaine manière, je suis fier d'avoir contribué à sa longue carrière, même si c'était à mon petit niveau (sourire). Je l'ai simplement inscrit sur une feuille de match, et il n'en est plus jamais sorti pendant 20 ans.

Quels sont vos premiers souvenirs de Steve Mandanda avec l'équipe première du Havre ?

T.U. : J'ai pris l'équipe professionnelle le 1er avril 2005 en remplacement de Philippe Hinschberger. À ce moment-là, Alexander Vencel était titulaire. Il nous restait six matchs pour éviter la relégation. Nous avons réussi à nous maintenir, mais la saison suivante, Vencel a décidé de prendre sa retraite. J'avais alors trois jeunes gardiens : Olivier Blondel, Steve Mandanda et Johnny Placide. Au départ, j'ai titularisé Olivier Blondel, qui était le numéro 2 depuis quelques années. Cependant, après cinq matchs, nous avons encaissé beaucoup de buts. J'ai donc discuté avec Olivier et j'ai décidé de titulariser Steve Mandanda contre Valenciennes (3-0, 6e journée de L2). Par la suite, nous avons enchaîné les victoires et Steve a réalisé de très belles performances. C'est ainsi que tout a commencé.

Comment a-t-il renforcé la défense du Havre dès ses premières apparitions ?

T.U. : À seulement 20 ans, il avait déjà une stature impressionnante : grand, solide et doté d'un esprit de leader. De plus, il possédait d'excellentes qualités de jeu au pied et sur sa ligne. Cela en faisait un gardien de but exceptionnel pour la Ligue 2.

Avant son premier match professionnel, que disait-on de Steve Mandanda dans le milieu havrais ?

T.U. : Tout le monde, y compris les éducateurs et les formateurs, était convaincu de son talent. Il était certain que ce jeune homme réussirait.

"J'ai rarement vu Steve mauvais sur un terrain, si ce n'est jamais. S'il se sentait moins bien, cela ne se voyait pas."

Si on vous avait dit en 2005 que Steve Mandanda allait faire la carrière qu'il a réalisée, auriez-vous été surpris ?

T.U. : Je l'ai eu en 2005-06 et 2006-07. Pendant ces deux saisons, j'étais persuadé qu'il aurait une longue carrière en tant que gardien numéro 1. J'étais presque certain qu'il deviendrait international. Cependant, il était difficile de prédire qu'il jouerait pendant 20 ans et accumulerait autant de matchs au plus haut niveau. Tout cela, c'est lui qui l'a voulu. Pour réussir jusqu'à 40 ans, il faut mener une vie saine.

Quels souvenirs gardez-vous de lui dans le vestiaire ?

T.U. : Je me rappelle de sa gentillesse. Il était très proche de ses coéquipiers, notamment Didier Digard et Jean-Michel Lesage, qui étaient de sa génération. Sa gentillesse était telle que tout le monde lui rendait. Pour vous donner un exemple, j'avais organisé un "Père Noël invisible" il y a cinq ou six ans, lorsque j'entraînais l'équipe féminine du Havre. J'ai demandé à Steve Mandanda d'envoyer un maillot à la deuxième gardienne tirée au sort. Il a immédiatement accepté. Il n'oublie pas d'où il vient. Lorsque j'étais à Marseille, je l'ai revu plusieurs fois. Après l'annonce de sa retraite, je lui ai envoyé un message et je suis sûr qu'il me répondra.

Vous avez également mentionné son leadership. Lui donniez-vous des responsabilités ?

T.U. : Oui, beaucoup. Quand je sens qu'un joueur peut apporter à ses coéquipiers, je n'hésite pas. Je lui disais de ne pas hésiter à parler à ses partenaires, et il le faisait. Bien qu'il n'ait pas dix ans de carrière, il avait la légitimité d'intervenir. C'est quelqu'un de posé, réfléchi, intelligent et qui connaît bien le football, donc il pouvait se permettre d'exprimer ses opinions, surtout en fonction de ses performances. Je l'ai rarement vu en difficulté sur le terrain.

Le Havre a été proche de monter en L1 en 2007. Si cela s'était produit, pensez-vous que Steve Mandanda serait resté une saison supplémentaire ?

T.U. : Si nous étions montés, je pense que le club aurait renouvelé mon contrat (rires). J'aurais fait en sorte que Steve reste. Cependant, il est probable qu'il soit parti de toute façon. Comme beaucoup de clubs formateurs, nous cherchons à faire jouer nos jeunes joueurs, mais aussi à les vendre pour assurer la pérennité du club.

Avez-vous été surpris qu'il s'impose aussi rapidement à Marseille ?

T.U. : En Ligue 2, il s'était imposé facilement. Alors pourquoi ne l'aurait-il pas fait à Marseille avec ses qualités ? Même à l'OM, il n'a jamais changé, c'est surtout cela qu'il faut retenir.

Quel regard portez-vous sur sa carrière en équipe de France (35 sélections entre 2008 et 2022) ?

T.U. : Hugo Lloris était titulaire et lui, remplaçant. Je ne suis pas sûr qu'il ait eu vraiment sa chance d'être numéro un. Peut-être qu'Hugo Lloris était supérieur, mais je n'en suis pas certain. Il a surtout joué des matchs amicaux, ce qui n'est pas équivalent à des matchs de compétition.

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